Compte rendu de la journée d’étude « développement professionnel des enseignants-chercheurs du supérieur »

A l’occasion de la journée d’étude dédié au sujet du développement professionnel des enseignants-chercheurs du supérieur qui a réuni une cinquantaine de personnes, plusieurs questionnements et projets ont émergés : le chantier que cela peut représenter, la mutation du métier, le besoin de se former et d’échanger.

Comme Florent Jabouille, vice-président délégué Réussite étudiante et pédagogie de l’université de Poitiers, l’indiquait lors de l’introduction de cette journée, le métier d’enseignant-chercheur est une succession de position d’équilibre entre les différentes facettes du métier (recherche, enseignement, pédagogie…). A l’université de Poitiers, le Centre de Ressources d’Ingénierie et d’Initiatives Pédagogiques (CRIIP), piloté par Dyanne Escorcia, accompagne, informe et conseille les enseignants-chercheurs au développement professionnel.

 

Un métier en constante mutation

Pour mieux appréhender le développement professionnel des enseignants-chercheurs, il faut comprendre le contexte de ce métier en mutation. Les enseignants, les équipes pédagogiques doivent sans cesse mettre de nouvelles pédagogies en place pour chercher à former au mieux « le citoyen du futur ». Dans ce contexte, Geneviève Lameul, Professeure des universités en Sciences de l’éducation à l’université de Rennes 2 et co-responsable du master Stratégies et Ingénierie de Formation, rappelle que le développement professionnel est à la fois très personnel, notamment par l’ancrage et l’expérience personnelle de chacun, mais il rentre également dans une dimension sociale importante car chaque individu est influencé par son environnement professionnel. L’un des participant, Julien Celle, enseignant à l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation ayant intégré il y a peu plus d’une année l’université de Poitiers était « particulièrement intéressé par la tenue de cette journée d’étude notamment parce qu’il y était question de développement professionnel et cela visait plus spécifiquement le public des enseignants du supérieur avec la diversité de statut que peut recouvrir cette formule ».

Lui, comme d’autres, bénéficient d’une expérience propre qui impacte sa vision du métier : « A titre personnel, je suis enseignant du secondaire en détachement partiel dans l’enseignement supérieur, il va sans dire que les problématiques liées à la construction d’une identité professionnelle plus spécialement dans le supérieur, à la place de la recherche dans l’enseignement m’interpellent ».

L’envie et le besoin de se former, de développer ses compétences et d’analyser sa pratique professionnelle ne peut intervenir que si l’enseignant est dans une démarche objective d’analyse et cherche à apprendre, à s’engager. Le développement professionnel est un « chantier ouvert en permanence » avec un souci permanent de la distanciation.

 

Le développement professionnel : un chantier toujours en cours

Le chantier que peut représenter le développement professionnel a un fort impact sur le développement personnel entraînant une transition identitaire chez l’enseignant-chercheur. Marie-Hélène Jacques, Maître de conférences en Sciences de l’éducation, HDR à l’université de Poitiers et chercheure au laboratoire GRESCO (Groupe de Recherches Sociologiques sur les Sociétés Contemporaines) interpelle justement sur cette transition identitaire faite de rituels (réussite du diplôme, auditions, premier poste…) qui entraîne une modification de l’identité statutaire de la personne avec de nouvelles interactions au sein d’un système institué et hiérarchisé. Ainsi, pour participer à son développement professionnel et personnel, l’enseignant-chercheur doit modifier son identité réflexive par une distance envers son rôle et arriver à une auto-socio-analyse. C’est aussi ce que développait Geneviève Lameul par l’idée de distanciation sur sa pratique d’enseignement pour arriver à travailler et adapter sa pédagogie aux différents étudiants.

La formation à la pédagogie dans l’enseignement supérieur est donc un nouveau pilier du développement professionnel des enseignants-chercheurs et comme l’a indiqué Laurent Cosnefroy, Professeur des universités en Sciences l’éducation à l’Institut Français de l’Education/Ecole normale supérieure de Lyon et expert pour le Ministère de l’éducation, ces formations sont bien plus répandues que ce que l’on pense. La formation à la pédagogie peut avoir des natures très différentes. L’enseignant-chercheur peut être sensibilisé à ce sujet lors de conférences, tables-rondes où l’écoute est dominante pour ensuite participer à un atelier ou une formation. Pour les équipes directrices des établissements d’enseignement supérieur, la création de formations à la pédagogie peut aussi résulter de l’évaluation des enseignements par les étudiants avec une utilité modérée et pouvant être perçue comme une sanction selon Laurent Cosnefroy. Mais alors, comment les Universités peuvent-elles prendre un compte le développement professionnel de leurs enseignants ? Et comment réintroduire la dimension subjective (expérience, histoire personnelle) dans la formation des enseignants ?

Regards croisés sur le développement professionnel des enseignants : notions, enjeux et défis

Lors de la table-ronde, animée par Stéphanie Netto, Maître de conférence en Sciences de l’éducation à l’Université de Poitiers, les intervenants ont chacun tenté de répondre à ces questions. Ils ont tout d’abord abordé le sujet du décret n° 2017-854 du 9 mai 2017 qui prévoit une décharge de 32h pour la formation à la pédagogie des nouveaux Maîtres de conférences et comment ce décret peut être appliqué dans les universités. Au-delà de ce décret, certaines pratiques pédagogiques comme la recherche-action sont compliquées à mettre en œuvre auprès de nouveaux stagiaires qui sont déjà très occupés et souvent loin de ces préoccupations durant leur première année de stage.

Les intervenants s’accordent néanmoins à dire que le questionnement de l’enseignant-chercheur sur sa pratique en considérant le terrain sur lequel il exerce comme un champs d’étude est important et peut lui permettre de faire de ses recherches un exercice pédagogique en améliorant ainsi la qualité de son enseignement. Comme le souligne Julien Celle, toutes ces réflexions permettent de questionner les participants :

 « Les différentes interventions durant la matinée ont conforté certaines intuitions tout en enrichissant un substrat théorique d’auteurs et de références complémentaires. En effet, qu’il s’agisse des développements de madame Geneviève Lameul sur la construction d’une posture d’expertise, des propos de madame Marie-Hélène Jacques relatif à la transition identitaire ou encore des leçons du secondaire tirées par monsieur Laurent Cosnefroy, ces différents temps viennent alimenter une réflexion tant personnelle que professionnelle qu’il me tient à cœur de poursuivre fût-ce de manière informelle. »

En dehors du travail à mener par les universités, les intervenants et la salle soulignent parfois les problématiques que peuvent rencontrer les enseignants-chercheurs lors de leurs cours comme par exemple la méconnaissance du système éducatif antérieur à l’Université ou la déstabilisation que peut représenter un étudiant qui chercherait à contredire son enseignant par ses propres recherches (sur internet notamment). Autant de difficultés qui doivent être abordées avec les enseignants-chercheurs dès le début de leur carrière afin de ne pas les déstabiliser par la suite.

 

Favoriser le travail collaboratif entre enseignants

Après une matinée de conférences et une table-ronde riche en échanges, les conseillers pédagogiques, enseignants-chercheurs et doctorants présents lors de cette journée, ont participé chacun à un atelier de leur choix autour d’une thématique spécifique. Parmi les ateliers, l’un s’axait sur les espaces collaboratifs.

En effet, le travail collaboratif est essentiel pour favoriser l’échange entre pairs et permettre une avancée collective vers plus de pédagogie dans l’enseignement supérieur. Contrairement à ce qui peut exister actuellement à l’université de Poitiers entre les enseignants qui ne communiquent que très peu entre eux et surtout par mail alors même qu’il existe des plateformes de travail collaboratif en ligne, la proposition de cet atelier était d’imaginer comment mieux permettre aux enseignants de travailler ensemble. Parmi les propositions envisagées : la création de cartes heuristiques avec un questionnement Quintilien lors de projets transversaux ou tout simplement lors de rencontres plus informelles. Ce temps de travail en commun peut se faire en présentiel ou non et peut se faire entre les enseignants-chercheurs, les équipes du CRIIP mais aussi toute personne qui interviendrait dans le dispositif pédagogique.

Au-delà d’une simple réflexion sur le travail collaboratif possible entre collègues au sein d’une même université, cet atelier a permis d’initier la présentation du projet de la future salle RESPIIRE (Ressources, Expérimentation et Soutien aux Pédagogies Innovantes et Inclusives pour la Réussite Etudiante), véritable espace collaboratif de travail qui sera destiné aux personnels enseignants de l’université de Poitiers. Afin de mieux adapter les possibilités de cette salle aux attentes des premiers concernés, chaque participant à l’atelier a travaillé par groupe sur un espace de travail collaboratif idéal. Tous ont exprimé la nécessité d’avoir un espace informel, confortable qui puisse permettre d’amorcer plus facilement les échanges entre pairs. L’équipement nécessaire idéalement serait à la fois numérique (tablettes, tableaux interactifs, documents en ligne) et physique (ressources documentaires, ameublement confortable et mobile). En revanche, le manque de temps reste un frein souvent mentionné.

Lors de la conclusion de la journée d’étude, les conférenciers sont revenus sur les enjeux du développement professionnel des enseignants. Après avoir participé aux ateliers en tant que témoins, ils ont fait part des points consensuels évoqués par les participants aux ateliers : la difficulté pour les enseignants de tenir compte de toutes les facettes de leur métier en les intégrant de manière cohérente dans leur parcours professionnel au sein de l’Université ; la difficulté pour les doctorants souhaitant devenir enseignants ou enseignants-chercheurs d’imaginer les charges et les contraintes réelles qu’implique le métier auquel ils aspirent ; la nécessité d’intégrer dans la réflexion sur le développement pédagogique des enseignants non seulement les enseignants eux-mêmes mais aussi les différents services en lien avec la réussite étudiante. Cette journée d’étude a permis de mettre en avant le rôle fondamental que jouent les conseillers pédagogiques dans la conception et la mise en place des actions tendant au développement professionnel des enseignants du supérieur.

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